Louis Beydts
(1896-1953)
Louis Beydts, disparaissait en 1953 ; il avait vu le jour en 1896, à Bordeaux. Mais comment, entre Reynaldo Hahn et André Messager, ne faire bonne place à celui qui, ami de celui-là, disciple de celui-ci devait écrire : " A l'œillet farouche de Bizet, à l'amoureuse violette de Massenet, à la rose enivrante de Fauré, ceux-là avaient joint le muguet de Ciboulette et le lilas de Véronique " ? I1 allait lui-même à pareille gerbe apporter une pensée. Et de lui cette pensée choisie:
" Il est musiciens dont l'inspiration a des soucis si humains et l'art des perfections à la fois si sûres et si raffinées que leur œuvre a l'insigne privilège de conquérir la foule en même temps qu'elle enchante les délicats et que leur mémoire s'épanouit ainsi en une tendresse, en une vénération unanimes. D'autres ont pu franchir des cimes plus altières et réaliser des ambitions apparemment plus nobles, mais il leur manque cette adhésion que j'allais dire physique de la masse que leur grandeur arrogante n'est parfois sans intimider. Au contraire ce qui chez les premiers, reste prodigieux, c'est bien que leur infaillible savoir ne cesse jamais d'éveiller les avertis. Ils ont su gagner, ils ont su retenir le cœur innombrable du peuple qui conserve aux artistes l'ayant su ravir et émouvoir une fidélité aussi touchante que durable. "
Ayant fait, sous figure d'amateur, de solides études en sa ville natale avec L. Vaubourgoin, Louis Beydts n'avait eu qu'à débarquer à Paris pour mettre la main sur l'un des plus délicieux prétextes d'opérette qui soient : à propos de La Noce, de H. Duvernois et de P. Wolff qu'avait jouée Régina Camier, Paul Reboux avait dit: " C’était là une opérette sans musique. " Cette musique, il l’écrivit sur les lyrics de Guillot de Saix et Moineau retrouvait, avec une élégance digne de Messager, le chemin du Tournebride et de son "escarpolette notoire ". Montée sur la scène de Marigny en 1931, c'est par contrat préalable qu'il en devait céder le plateau après trente soirs seulement. I1 est vrai que le jeune compositeur trouvait une double compensation par deux autres petits ouvrages : Les Canards mandarins qui passaient à Monte-Carlo et la déjà citée S.A.D.M.P. (La Société Anonyme des Messieurs Prudents) que Sacha Guitry jouait, en ayant l'air de s'en jouer sur sa scène à lui, rue de Surène. Puis la chance tourna, son indolence naturelle y étant peut-être pour quelque chose. Cette chance, et son inspiration n'ayant gagné qu'une ride en quinze ans, il la devait retrouver, en 1946, avec A l'aimable Sabine où il y a - "Dors, dors, dors..." - la plus aimable des berceuses.
D'après J. BRUYR, L'opérette (Que sais-je ?)