Christiné Henri
(Genève, 1867 - Paris, 1941)
Henri Christiné était fils d'un Savoyard français, professeur de français à Lausanne, et c'est par le hasard d'une amoureuse aventure que, professeur lui-même, il était venu à la musique. A une opérette près, Service d'Amour (1903), il n'avait toujours, avant 1914, donné que quelques chansons, certaines il est vrai, d'une grâce indéniable. Exemple : " Je sais que vous êtes jolie. " C'est ex-abrupto, en 1918, qu'il lui fut demandé d'écrire une opérette légère pour une salle si bien à l'abri du tir de la Bertha qu'elle s'en appelait l'Abri : il suffisait qu'elle y tînt dix soirs. La victoire aidant, elle devait, aux Bouffes, en tenir quinze cents ou davantage : le 13 novembre 1918 marque l'un des plus foudroyants succès de l'opérette. Phidias qui est Phi-Phi et son incandescente épouse ; Ardimédon et Le Pirée qui est un homme, deviennent des personnages parisiens. Et les petits modèles aussi, innocents et libertins. La foule qui, le 11, était descendue dans la rue pour l'armistice prétendit, pendant dix ans, ne plus rentrer chez elle ; pendant trois ans, elle se rua à Phi-Phi.
Pareil triomphe devait en déclencher un autre, qui devait d'abord s'appeler Au Chat botté, mais que la superstition du titre bègue fit appeler Dédé (1931). Il avait un interprète brûlant les planches, dansant, gambadant, gesticulant, pirouettant, sautant à cloche-pied. Après quarante ans, " Pour bien réussir dans la chaussure " ou bien " Dans la vie faut pas s'en faire " lui remet, sous l'angle voulu, le canotier sur l'oreille. I1 s'appelle Maurice Chevalier.