Cuvillier, Charles
(1877 - 1955)
Charles Cuvillier (1877-1955) était un inconnu le soir de 1905 où le rideau des Capucines se leva sur un petit acte : Avant-hier matin dont le texte était de Tristan Bernard ; mais il était presque célèbre quand tombait ce rideau-là. Abandonnant son premier librettiste , il s 'en attacha un autre, qui, plus tard, devait assurer plus de vingt centièmes à Yvain et à Moretti. C'était André Barde qui venait de se signaler, en 1895, par des Chansons cruelles, Chansons douces auxquelles Marcel Legay donnait leur musique. Avec Barde, Cuvillier écrivait Son Petit Frère (1906), opérette grecque au point d'annoncer Phi-Phi ; puis Afgar ou le Loisir andalou (1909), La Fausse Ingénue ou Les Muscadines (1910), Sappho (1912) et surtout, en 1912 encore et à Marseille, une œuvre autrement ambitieuse : La Reine s'amuse, qui, la tourmente passée, devait monter à l'Apollo parisien sous le nom de La Reine joyeuse. Cette Reine précédait Phi-Phi de quatre jours ; et la génération qui devait fox-trotter jusqu'à l'essoufflement sur les Petits Païens devait bostonner jusqu'au vertige sur la " Troublante Volupté " de cette opérette laquelle était, à la fois, en français, Veuve joyeuse et Rêve de Valse. Cependant, comme on n'est jamais tout à fait musicien d'opérette en son pays, l'opérette la meilleure de Charles Cuvillier pourrait bien être Lilac Domino qu'il donnait, en 1922, à 1'Adelphi Théâtre de Londres sans que le triomphe qu'il y obtenait lui fît passer la Manche. A Paris, Cuvillier ne donnait plus qu'Annabella (1924) au Théâtre Michel, Nonnette (1927) aux Capucines, Boulard et ses Filles (1929) à Marigny. Et si Emile Vuillermoz crut ne devoir parler, pour cet élève de Fauré et de Massenet que d'opportunisme adroit, Messager, plus indulgent ou plus juste, rendit hommage "à ses très appréciables qualités de fraîcheur et de grâce".