Henri Goublier
(1888-1951)
C’est à Paris, rue de Paradis, que le 14 mars 1888, naquit Henri Goublier. Un vrai parisien de Paris.
Fils de Gustave Goublier, l'auteur de L'Angélus de La Mer, du Credo du Paysan, de La Voix des Chênes, et tant d'autres mélodies célèbres, c'est dire que la musique berça ses premières heures et que son premier jouet d'enfant fut la grosse caisse de l'orchestre paternel.
Tôt en effet, l'ambiance musicale dans laquelle il vivait détermina sa vocation. Mais son père, pris par son métier de chef d'orchestre et sa profession de compositeur à la mode, ne prête que peu d'attention à cette vocation. Seul, son frère aîné, la découvre, lui apprend le piano et lui donne les premières notions d'harmonie... Puis un ami de la maison professeur de composition, se penche alors sur ce jeune débutant et lui offre gracieusement des leçons, tant il trouve le "sujet" intéressant, car il possède cet atout supérieur: l'inspiration.
Il travaille, entre au Conservatoire dans la classe de Xavier Leroux. Mais hélas, très vite, il faut qu'il s'occupe de gagner sa vie. Il sollicite une place de timbalier dans l'orchestre de la Gaité Lyrique, l'obtient, et compose sa première opérette "Mamz'elle Vésuve" qui se créée au Casino de Boulogne-sur-Mer. La pièce est fraîchement accueillie, toutefois, les critiques soulignent les dons incontestables de ce jeune compositeur.
Cet encouragement l'incite à poursuivre dans cette voie, car le théâtre l'attire, il l'aime profondément, âprement, mais il lui faudrait avoir un bon livret.
C'est alors que la lecture d'un écho sur l'œuvre que présidait le Maître Gustave Charpentier, retient son attention. Cette œuvre, c'est celle de la fabrication de cocardes par les "Mimi-Pinsons ".
C'est charmant ces midinettes qui façonnent si joliment de petits rubans tricolores, dont la vente alimente les caisses de solidarité. Il pourrait y avoir là matière à opérette pense-t-il. Mais pour la mettre rapidement debout il lui faudrait cette fois un spécialiste. Son vif désir de créer l'enhardit; il écrit à Maurice Ordonneau, et lui demande si ce sujet l'inspirerait.
La réponse est enthousiaste. Et c'est ainsi qu'une collaboration, spontanée et amicale, à laquelle s'adjoint Francis Gally, fit naître "La Cocarde de Mimi-Pinson".
L'Apollo accueillit l'ouvrage. Tout de suite, le succès fut prodigieux. On ne peut encore aujourd'hui en retrouver l'écho, sans être gagné par l'enthousiasme de ceux qui assistèrent à ces représentations.
Il est vrai qu'on trouvait à la fois dans cette Cocarde tant d'émotion, de patriotisme et de bonne humeur aussi, qu'elle sut plaire à tous les publics. Pour tout dire, elle personnifiait la France de 1915, et chaque Français se retrouvait un peu en elle. Il n'y avait pas un spectateur à l’entracte qui n'achetât sa petite cocarde. C'était une bonne œuvre, et sans doute pensait-on que, tout comme dans la pièce, elle pourrait être aussi un porte-bonheur.
15.000 représentations n'ont pas épuisé la vogue de cette opérette. Elle est devenue un classique du répertoire.
Après une telle renommée, les commandes se succédèrent, ce fut à l'Apollo: La Demoiselle du Printemps — La Fiancée du Lieutenant
Aux Variétés : Mariage Parisien — La Sirène
à l'Eldorado: Le Mariage d'un Tartarin — l'Amour Gagne.
Cependant, Henri Goublier arrête momentanément sa production pour se consacrer, durant 1O ans, à la Direction. Il organise la décentralisation des pièces du boulevard et créé dans la périphérie de Paris, les théâtres du Consortium, où son talent d'artiste se manifeste dans la présentation très soignée de ses spectacles.
Puis de nouveau, il retourne à la composition, il donne à la Scala : Billy-Bill avec André Baugé, et au Théâtre Antoine : La nuit est belle, avec Vanni-Marcoux.
Mais les difficultés de se faire jouer à Paris s'accroissent, les scènes lyriques se réduisent. Il part avec une troupe et 14 opérettes classiques pour l'Amérique du Sud, contribuant ainsi à faire connaître à l'étranger les compositeurs français de musique légère.
Au retour il se tourne vers le cinéma où il fit bon nombre de partitions de films dont les plus notoires furent "Le Diamant Noir" et "Fièvres", avec Tino Rossi.
Cependant cette activité artistique ne l'empêche pas de s'occuper, avec une ardeur combative, des œuvres sociales de la Société des Auteurs dont il fut durant 20 ans successivement trésorier et vice-président.
Entre-temps la Gaité Lyrique accueille son opérette romantique Carnaval avec André Baugé encore, et que Max de Rieux sut si intelligemment mettre en valeur par une mise en scène audacieuse et nouvelle. Ce fut un très gros succès.
Après ce " Carnaval " encore un arrêt, mais cette fois c'est la maladie qui le gagne. Il subit une grave opération. La convalescence est lente, les journées sont longues. Alors, la musique chantant toujours en lui, il se remet à travailler à la partition d'une comédie musicale intitulée "Jour de Bal" et à celle du "Mariage de Chiffon" tirée du célèbre roman de Gyp.
Il compose ces ouvrages dans la fièvre comme si inconsciemment il savait que ses jours sont comptés. Ils le sont hélas. Il pose le dernier point final et c'est aussi celui de sa vie.