Nicolo Isouard

(1775-1818)

Nicolas Isouard, dit Nicolo n'était pas vraiment un Italien francisé, comme on l'entend prétendre souvent ; en effet, né à Malte, il appartenait à une famille marseillaise établie dans l'île. Il étudie à Paris, d'où le chasse la révolution. Revenu à Malte, il s'occupe de musique plus que de commerce, ce qui incite son père à le placer à Palerme, puis à Naples, mais le jeune homme persiste à étudier l'art des sons. Son premier Opéra est joué avec succès à Florence en 1794, ce qui le décide à se consacrer à la musique désormais. Il choisit le nom de Nicolo, pour ne pas compromettre le nom de sa famille. Appelé à Malte comme organiste, il y compose des opéras-comiques français sur des livrets traduits du français en italien, qu'il retraduira plus tard, arrivé à Paris. On le retrouve dans cette dernière ville dès 1800, date où il y fait représenter Le Petit Page, en collaboration avec Kreutzer, qui signe seul d 'ailleurs. Il se lie avec le dramaturge français Hoffman (1760-1828) - rien de commun avec le conteur allemand, dont le nom s'écrit d'ailleurs avec deux n. C'est Hoffman (le fils d'un Lorrain nommé Ebrard et qui avait lui aussi changé de nom) qui de l'aveu même de Nicolo, l'a influencé considérablement, sur le plan de la création. Nicolo et Hoffman : deux patrouyme non-français, cachant des Français qui ont d'ailleurs produit des œuvres aussi françaises que possible !

 

Nicolo eut quelque peine à s'imposer mais y parvint en deux phases successives, une première fois avec Michel-Ange (1802), et ensuite avec L'lntrigue aux fenêtres (1805). Le moment était propice, Méhul et Cherubini s'étant retirés, Boïeldieu parti en Russie et Kreutzer visant au grand Opéra. Nicolo, se multipliant dans les théâtres et dans les milieux apparentés, se mit à faire une brillante carrière, au cours de laquelle il produisit plus de trente trois œuvre lyriques dont : Les Rendez-vous bourgeois (1807) ; Cendrillon (1810 - un opéra-conte de fées, au succès énorme ; un Jeannot et Colin (1814 très réussi ; Joconde (1814), son chef d 'œuvre, (où figure la première mise en musique de : "Et l'on revient toujours à ses premières amours") sans oublier le Billet de loterie (1811).

 

La lutte que Nicolo eut à mener avec Boïeldieu revenu entre-temps (1811) fit que les ouvrages écrits entre 1810 et 1815 furent sans doute les meilleurs.

 

En 1802, il avait monté avec Chérubini, Méul, Rode, Kreutzer et Boieldieu Le Magasin de Musique, maison d'édition destinée à éditer leurs œuvres. Il y régnait à l’époque une grande camaraderie, ce qui amena d'ailleurs certains d'entre eux à composer ensemble des œuvres lyriques !

 

Découragé par l'élection de Boïeldieu à l'Institut de France (1817), miné en outre par une vie de plaisirs à laquelle il s'était subitement adonné, Nicolo se replia sur lui-même, mais continua à composer dans l'isolement. Son Aladin ou la lampe merveilleuse fut joué après sa mort prématurée, à l'âge de43ans.

 

Le style de Nicolo est certes influencé par ses études à Naples, mais il est essentiellement français. Dons mélodiques, instinct très sûr quant au choix du coloris musical ; sens très profond des nécessités théâtrales, adéquation de la musique et des paroles, esprit vif et piquant - on disait de son vivant que sa musique était "de l’esprit noté". Il a hérité de l'opéra-comique français du 18e siècle la simplicité et le goût du bon sens, l'élégance et la verve, et dans sa mélodie passent des mélismes semblables à ceux de Boïeldieu - parce que caractéristiques pour l'époque de transition où il a vécu et où se formait le style de l'opéra-comique du 19e siècle.

 

D'après Robert Pourvoyeur

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