Jérome Kern
(1885-1945)
Né à New York City, Jérôme David Kern est resté l'un des seuls Américains de berceau, encore que Tchécoslovaque juif. Après un voyage en Europe de 1903 à 1905, il était en 1906 devenu song-plugger et le serait peut-être resté s'il n'avait eu, pour en sortir, The Red Petticoat (1912) et The Girl from Utah (1914). Avec son million d'exemplaires-papier, un air comme " They din't believe me " suffisait à faire de lui le successeur de Georg M. Cohan. Mais c'est alors que Guy Reginald Bolton prétendit lui imposer une production moins spectaculaire. De ce genre relève, marquée de certain réalisme américain, la trilogie Nobody at home (1915), Very good Eddie (1916) et Oh ! Boy, dont une certaine "Magic Melody" justifiait à elle seule la magique cinq centième. Cependant ce n'est qu'avec Sunny (1925), avec Show Boat (1927) surtout que Kern devait s'assurer l'audience unanime et la fortune.
L'idée — l'idée qu'on jugea d'abord " quixotic ", disons utopique — de tirer, pour le Siegfeld Theâtre, une opérette du célèbre roman d'Edna Ferber, Showboat, était d'Oscar Hammerstein. Et sa réalisation ne devait rien moins que donner un chef-d'œuvre apportant de nouvelles dimensions à l'opérette américaine. Ce Show Boat, c'était un bateau de Thespis, un boat à roues et à shows qui, de Saint-Louis à Bâton-Rouge et de 1890 à 1930 — ce qui va de la polka 1890 au charleston 1930 en passant par le cake-walk 1910 — donna le spectacle aux riverains du Messacébé, d'où le titre français de l'œuvre : Missisipi. Deux airs types : "Can't help loving that man", très librement traduit par "L'oiseau s'envole" en une envolée d'un Puccini chantant Paul et Virginie ; et "Old man river", l'Homme du vieux père fleuve : une page qui était du folklore noir — à moins qu'elle n'en soit devenu.
Show Boat, créé le 27 décembre 1927, devait être repris de dix en dix ans, en 1932, 1945 et 1952, pour finir en 1954 par entrer au répertoire du New York City Opéra. Entre temps, l'auteur en avait donné une version de concert avec récitant. Enfin, on n'en avait pas fait moins, pour lui, de trois films !
Après Show Boat, Jérôme Kern devait encore donner Sweet Adeline (1929), The Cat and The Fiddie (1931), Roberta (1933) et The three Sisters (1934), qui devait être son chant du cygne.
D'après J. Bruyr, L'Opérette (Que sais-je ?)