Ferdinand Poise
(Nîmes,1818- Paris, 1892)
Elève d'Adam, il débuta avec Bonsoir voisin (1853), qui décida de sa carrière et demeura son succès le plus durable puisqu'il est encore joué en province française et belge. Elève d'Adam, il voulut en être le continuateur, et par voie de conséquence, celui de Boïeldieu dont Adam était lui-même l'élève ; il refusa par conséquent les tentation de l'opérette, tant de type offenbachien que de celui de Lecocq. C'était pourtant un genre où il aurait fait merveille par son invention mélodique, à la fois brève mais bien marquée. Il ne suivit pas davantage l'évolution de Bizet et de Delibes, vers le drame lyrique, mais préféra rester le porte-drapeau des tenants de l'opéra-comique du 18e siècle.
Traitant en 1884 de la carrière de Poise, Adolphe Jullien a semblé subdiviser celle-ci en deux parties et on peut le suivre (avec quelque réserve), en y ajoutant toutefois une troisième, jusqu'à sa mort. Il y a d'abord une première partie, où Poise s'essaie à la formule de l'opéra-comique de son propre temps, d'un romantisme teinté de régionalisme paysan et d'un aimable réulisme, dont Bonsoir voisin est le prototype. On citera aussi Les Charmeurs (1855), et dont le librettiste fut Alphonse Daudet, auquel Poise allait revenir avec le succès plus qu’honorable de Les Absents (1864) : Daudet, c'est le rire mouillé de larmes, l'amertume camouflée sous le sourire. Mentionnons encore les échecs de Don Pèdre (1857) et du Corricolo (1868).
Poise découvre ensuite le vrai passé français, celui du 18e et de la fin du 17e et va produire de merveilleuses partitions, inspirées de celui-ci. Les rares biographes de Poise n'ont pas vu que ce retour s'amorce déjà avec Les Deux Billets (1870) d’après Florian, un autre ouvrage étant Les Trois Souhaits (1873). Mais avec la trilogie La Surprise de l'Amour (1877), L'Amour médecin (1880) et Joli-Gilles (1884), Poise retourne délicieusement vers les maîtres d’autrefois, respectivement Marivaux avec la première version de sa comédie (1722) La Surprise de l'Amour, Molière avec son Amour médecin sur lequel il ne faut pas revenir ; et l'abbé d'Allainval avec son Embarras de richesses (1725) d’ après Le Savetier et le Financier de la Fontaine.
Le collaborateur de Poise était Charles Monselet qui retoucha, raccourcit et versifia l'œuvre de Marivaux - quoiqu'il était de notoriété publique que Poise faisait l'essentiel du travail du librettiste également.
Arnold Mortier nous a laissé un portrait contrasté des deux hommes : Monselet "gros, gras, vermeil, bon vivant" et Poise "long, décharné et funèbre. Poise qui a écrit de si vives et de si vaillantes partitions, est, m'assure-t-on, un des hommes les plus tristes de Paris". Il est vrai qu'avec ce diable de Mortier, on ne savait jamais quand il était sérieux et quand il ne l'était pas...
Après Joli-Gilles, on recommanda à Poise de ne pas se confiner dans ce genre de pastiche mais il produisit quand même un Médecin malgré lui (1887). A sa mort, il avait quand même entrepris autre chose, avec Carmosine, qui ne fut malgré tout jouée que bien après, en 1928.
D'après Robert Pourvoyeur
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