Cole Porter
(1893- ?)
Né à Péru (Indiana), en 1893, dans une ferme à fruits, Cole Porter montre dès l'enfance des dispositions pour l'opérette-maison. Il a alors dix ans ; dix ans plus tard, il en écrira une pour Broadway, See America first. Déçu par l'accueil qu'on lui fait, il s'engage à la Légion étrangère, pour être versé, en 1917, dans l'Armée française. La victoire de 1918 le trouve à Paris, puis à Venise et à Monte-Carlo, partout où l'on mène la grande vie. Ce qui ne l'empêche — tous les maîtres pouvant mener à l'opérette — de travailler avec Vincent d'Indy. Il est alors l'ami du Prince de Galles, de la Princesse de Polignac et d'Elsa Maxwell (laquelle prophétise qu'il élèvera le public " to his own level "). Il le fait d'abord en une opérette intitulée Paris tout court (1928), et dont la musique va de la Cité au Ritz en passant par la Butte chère à Louise et du Claridge aux Halles chères à Ciboulette, encore que son vrai début, c'est avec certain Gay Divorcee qu'il le réalise où, pendant deux cent cinquante soirs, Fred Astaire danse un " Night and Day " devenu éminemment " classique ". A Gay Divorcee succède jusqu'à Cancan qui, en 1953, fera mille soirs d'affilée, une série de succès indiscutables : Dubarry was a lady (1939), Something for the Boys (1943), Kiss me Kate (1948) enfin, qui présente plaisamment le Taming of the Shrew sur deux plans, le plan du théâtre et le plan de la réalité. Le succès balança celui de Cancan, qui est dans la nostalgie du passé, le Paris tendrement fin de siècle, celui du Moulin-Rouge de Toulouse-Lautrec, de la Goulue et de la Môme Pistache. Rien n'y manque à la vérité, ni the most enamoured song " l love Paris ", ni the most exciting step " L'Apache Danse ", ni même certains couplets strip-tease à soutien-gorge déboutonné " The garden of Eden ".
D'après J. Bruyr, L'Opérette (Que sais-je ?)