Arthur Sullivan
(1842-1900)
Sir Arthur Seymour Sullivan (1842-1900) possède deux titres à son surnom d'Offenbach britannique : H.M.S. Pinafore or The whit lass that loved a colored sailor (1878) et The Mikado or The Town of Titipu, deux opérettes qui après avoir fait la première à l'Opéra-Comique londonien, sept cents soirs, et la seconde presque autant au Savoy Theâtre devaient, l'une et l'autre, atteindre la millième, la première en 1899, la seconde, trois ans plus tôt. Le succès d'ailleurs s'en étendait partout, sauf en France, où Le Mikado eût la route barrée par la Kosiki de Lecocq. Mais Sullivan devait en écrire vingt et une autres qui, comme celles-ci et à l'exception de la première et de la dernière, Cox and Box (1867) et The Rose of Persia (1899) eurent un librettiste dont l'esprit était très singulièrement accordé à sa musique : William Gilbert est l'un des dramaturges anglais qui manièrent l'humour et le burlesque avec une virtuosité qui fit de lui le précurseur de G. B. Shaw. Ainsi, entre Pygmalion (1871) et la Princesse Ida (1893), est-ce avec ce Gilbert que Sullivan donnait, en 1891 (l'année d'Indigo), Thespis, " opéra grotesque" ; en 1875 (l'année de La Petite Mariée), Trial by Jury, qui n'est que musique ; en 1877 (l'année du Grand Mogol et des Cloches de Corneville), The Sorcereer ; en 1881 (l'année des Contes d'Hoffmann), Pacience or Burthorme's Bride, œuvre qui, de six cents soirs, inaugurait le Savoy ; en 1898-1899, The new Men of the Guard or the Merry Man and his maid et The Gondolier or the King of Barataria, deux œuvrettes qui font pendant au Mikado et à Pinafore ; en 1896 (l'année de La Poupée), The Grand Duke ; en 1899 enfin. The Rose of Persia or The Story Teller and the Slave qui, en dépit de ses deux cents représentations, ne fait plus qu'un succès d'estime.
On devait donc surnommer Sullivan l'Offenbach anglais, mais c'est un Offenbach qui, au lieu de l'atmosphère Second Empire, respire celle de l'Epoque Victorienne dont il garde certain "cant" jusqu'en ses plus libres inspirations, ce qui ne déçut cependant point Debussy : de passage à Londres en 1878, il prit plaisir à Pinafore.
D'autre part, à l'inverse des Contes d'Hoffmann, c'est à son " œuvre sérieuse " que Sullivan dût d'avoir un tombeau à Saint-Paul. Cette œuvre sérieuse, et souvent ambitieuse : Ivanhoé (opéra), Kenilworth (oratio), des Concerti, des Ouvertures...
D'après J. Bruyr, L'Opérette (Que sais-je ?)