Comtesse Maritza
(H. Kalman)
Bien oublié aujourd’hui, le
romancier français Octave Feuillet (1821-1890) était un écrivain
populaire au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Ses œuvres
aimables, bourgeoises et moralisatrices - à l’eau de rose -
dirions-nous aujourd’hui, le firent particulièrement apprécier du
public féminin.
Gustave Flaubert disait de lui :
" Son succès a deux causes :
1) la basse classe croit que la haute classe
est comme ça.
2) la haute classe se voit là-dedans comme
elle voudrait être ".
Son roman le plus
célèbre, quoique aujourd’hui oublié lui aussi comme son auteur, est
Le roman d’un jeune homme pauvre (1858). Il conte les amours
du marquis de Maurice de Champcey d’Hauterive, ruiné par la faute de
son père, et de Marguerite, l’héritière de la famille des Laroque,
dont il est devenu l’intendant. Amours contrariés et dramatiques, qui
précèdent le happy end final.
C'est
dans ce roman mondain que les librettistes de Kálmán, Julius Brammer et
Alfred Grünwald ont été chercher l'idée du livret de l’opérette Comtesse
Maritza, créée le 28 février 1924. La veille, jour de répétition
générale, les " spécialistes " prédisaient, comme
c’est souvent le cas, une catastrophe. Ce fut un triomphe avec, dans le
rôle principal, le ténor Marischka, alors directeur du théâtre An der
Wien, lieu de la création.
Comtesse Maritza a connu un nombre exceptionnel
de représentations et est toujours très appréciée en Allemagne et en
Autriche. Elle reste le plus grand succès de Kálmán, bien plus
important - sauf en France - que celui de Princesse Czardas.
La version française, due à Max Eddy et Jean Marietti
a été créée à Mulhouse le 27 février 1930 et à Paris, théâtre des
Ambassadeurs, le 7 mai 1931. Ensuite, on ne reverra plus Comtesse
Maritza dans la capitale, mais l’ouvrage sera encore longtemps joué
en province. Il n’est aujourd’hui repris qu’exceptionnellement.
La musique de Kálmán trouve ses sources dans le
folklore populaire hongrois. Mais le compositeur a su s’inspirer
également du style viennois tout en faisant des concessions aux nouveaux
rythmes qui traversèrent l’océan au cours des années vingt.
" La partition
fourmille de morceaux connus, qui constituent un heureux croisement entre
la valse viennoise, très enveloppante chez Kálmán , des czardas
hongroises endiablées et des rythmes de jazz très heureux. Citons le
lied de Manja, la valse dédiée à Vienne par Tassilo, la somptueuse
entrée de Maritza, le gentil duo de Lisa et Tassilo "
(Robert Pourvoyeur).
L' argument
Afin de recouvrer par son travail la
fortune dilapidée par un père noceur et constituer une dot à sa sœur
Lisa, le comte Tassilo s’est engagé comme intendant auprès de la
comtesse Maritza sous le pseudonyme de Bela Torek.
Celle-ci, surprise par les belles
manières de ce serviteur et attirée malgré elle vers lui, le traite
avec une condescendance qui a le don de l’exaspérer.
La comtesse, lassée par l’essaim
d’admirateurs pas toujours désintéressés qui l’entourent, fait
annoncer ses fiançailles avec un noble imaginaire : le baron Zsupan.
Lisa, qui est au château pour les fêtes, se figure que son frère fait
une farce en jouant au régisseur.
Surprise ! Il existe un baron
Zsupan qui accourt faire la connaissance de sa belle fiancée... Mais c’est
de Lisa dont il tombe amoureux..
De son côté, Tassilo, excédé par
les caprices de Maritza et le manque de tact de certains de ses invités,
est sur le point de planter là tout ce beau monde.
Mais il n’en fera rien. Une tante
à héritage faisant preuve au bon moment de générosité en rachetant
les propriétés du père prodigue, Tassilo pourra reprendre son rang de
gentilhomme et épouser la belle Maritza.
Lisa et Zsupan ? Pas de
surprise là non plus : ils convoleront en justes noces.
Avec l'accord de l'Anao