Le coeur et la main
(Lecocq)
Le nouvel opéra-comique que Lecocq présentait en cette soirée du 19 octobre 1882
au Théâtre des Nouveautés succédait à une reprise de Fatinitza de Suppé
et aux deux cents représentations du Jour et de la Nuit.
Les spectateurs ne purent manquer de s'apercevoir que la
nouvelle pièce, malgré le changement de librettiste, était la sœur de l'autre ;
elles appartenaient à cette longue série d'ouvrages de Lecocq basés sur l'idée
de la nuit de noces contrariée, un au moins des époux n'étant pas celui que l'on
croit être. L'originalité de ces ouvrages était, qu'ils commençaient là où
d'autres finissent : par un mariage. Ceci avait fourni à Lecocq des livrets à
succès depuis dix ans : Giroflé Girofla (1874), La Petite Mariée
(1875), La Marjolaine (1877) Le Petit Duc (1878), Le Grand
Casimir (1879), le Jour et la Nuit (1881) pour n'en citer que
quelques-uns, en étaient des exemples, plus ou moins fidèles au patron
original ; même l'immortelle Fille Angot commençait, elle aussi, par des
préparatifs de mariage
Il fallait donc se différencier du Jour et la Nuit, tout en faisant de l'aussi bonne musique, si possible. Lecocq se multiplia, donnant à Micaëla (rôle écrit pour la ravissante Mme Vaillant-Couturier) toute une série de délicieuses choses à chanter et réservant enfin pour cette fois le rôle de l'amoureux à un baryton, M. Vauthier, dont la voix, la prestance et la bonne humeur allaient faire merveille. Le principal rôle comique était tenu par l'amusant Berthelier, toujours présent et qui tirait du rôle du roi d'Aragon le. maximum possible - et même plus, affirma-t-on. Il y avait aussi Montaubry fils qui promettait beaucoup et la gracieuse Elise Clary.
Voici comment Lecocq jugeait cette œuvre :
L'argument
L'action se passe dans
une royauté imaginaire, à une période non précisée.
Acte I : Le parc royal
Micaëla, la fille du
roi, doit épouser Don Gaëtan, Prince héritier d'une royauté voisine. Mariage de
raison destiné à éviter la rupture d'un précaire équilibre européen. Excédée par
l'étiquette, Micaëla s'échappe du palais chaque fois que possible pour rejoindre
Joséfa, la jeune et jolie jardinière.
Ce jour-là, le roi est
en colère. Son futur gendre se soumet avec mauvaise volonté à cette union
préfabriquée. Il aurait souhaité faire un mariage d'amour. Pour montrer sa
mauvaise humeur, il échappe à la discrète surveillance dont il est l'objet. Le
roi ordonne qu’il soit recherché et retrouvé dans les moindres délais.
Quelques
instants plus tard Gaëtan sort de sa cachette et se présente devant Micaëla
vêtue des habits de Joséfa, c'est-à-dire méconnaissable. La jeune princesse
connaît l'identité de son compagnon, mais le jeune homme croit avoir à faire à
une véritable jardinière. Et Micaëla plait beaucoup à Gaëtan. Et Gaëtan plait
beaucoup à Micaëla. Le prince conte fleurette à la fausse Joséfa. Il avoue
épouser la princesse par raison d'Etat. Il affirme qu'il ne la regardera pas une
seule fois pendant toute la cérémonie. On entend du bruit. Gaëtan n'a que le
temps de se déclarer à Micaëla. La fausse jardinière s'enfuit et le roi paraît,
enchanté d'avoir retrouvé son futur gendre.
Acte II : Une grande
salle du Palais royal
C'est le jour du mariage princier. Le matin même, Joséfa a
épousé son amoureux Moralès. Fidèle à sa promesse, Gaëtan affecte de ne pas
regarder Micaëla. La cérémonie se passe à peu près bien, le prince se contentant
de mélanger les pages des allocutions qu'il prononce à l'intention des
différents corps de métier. Il refuse toutefois de danser avec la princesse.
Les époux sont reconduits dans leurs appartements. Gaëtan
réapparaît et tente de sortir du palais. Mais le roi a fait garder toutes les
issues. Il ne peut n'échapper. De service au palais, Joséfa ne peut rejoindre
son époux. Celui-ci vient vers elle et s'accorde quelques privautés. Entendant
du bruit, il entraîne sa jeune femme dans la chambre nuptiale destinée au couple
princier. Le roi, toujours inquiet, se demande si le mariage est bien en train
de se consommer. Il entend le bruit des baisers qu'échangent Moralès et Joséfa.
Rassuré, il se retire.
Gaëtan revient et trouve
Micaëla déguisée en jardinière. Un baiser, deux baisers et la jeune femme ne se
fait pas prier pour se retirer avec son compagnon dans sa propre chambre de
jeune fille.
Acte III : Un camp, le quartier général de
Gaëtan
Pendant la période des grandes manœuvres
militaires, Micaëla et sa suite se sont retirées dans un couvent voisin.
Régulièrement la jeune femme vient rejoindre mystérieusement son époux qui croit
toujours poursuivre une liaison avec Joséfa.
Le roi
vient apprendre une bonne nouvelle à son gendre. Il va être grand-père. Gaëtan
pense d'abord que le médecin de la cour s'est trompé. Sur ces entrefaites,
Moralès vient s'excuser d'avoir, le soir des noces, utilisé la chambre nuptiale
a des fins personnelles. Gaëtan croit maintenant connaître le père du futur
prince héritier.
Mais tout s'arrangera bientôt avec
l'arrivée de Micaëla, qui, cette fois, se fera connaître à son époux sous sa
véritable identité.
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