La Périchole
(Offenbach)
Sur une place de la ville de Lima, au Pérou, une grande foule boit, joue, à l'occasion de la fête du vice-roi, les uns attablés devant le Cabaret des Trois Cousines, les autres debout (choeur "Du vice-roi, c'est aujourd'hui la fête"). Les trois cousines, Guadalena, Mastrilla, Berginella, vont et viennent tout en servant ("Promptes à servir la pratique"). Déguisé en marchand de légumes, le gouverneur, don Pedro de Hinoyosa, vient vérifier si l'on s'amuse bien dans sa ville. Il est bientôt rejoint par le comte de Panatellas, premier gentilhomme de la Chambre, déguisé en marchand de pains au beurre, mais immédiatement reconnu par don Pedro. Il vient annoncer, qu'il y a une demi-heure, un homme est sorti furtivement du palais par la petite porte des cuisines, vêtu d'un costume de docteur ; c'est homme n'est autre que don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou. Un bruit de castagnettes prévient de son arrivée. La foule est avertie. Don Andrès paraît, traverse les groupes qui affectent de ne pas faire attention à lui, tout en riant sous cape (choeur "C'est lui, c'est notre vice-roi"). Très fier de son incognito, pensant que personne ne l'a reconnu ("Sans en rien souffler à personne"), il s'installe, on lui sert à boire (les trois cousines ne peuvent s'empêcher de pouffer), il interroge diverses personnes mais ne parvient jamais à trouver la vérité ; un Indien promet de la lui dire à condition qu'il ne le mange pas. Une nouvelle musique se fait entendre : la Périchole et Piquillo, chanteurs ambulants, pas riches du tout et portant guitare en sautoir, s'installent devant les consommateurs, pour chanter : "Le conquérent et la jeune indienne" . Piquillo, après le refrain, fait la quête, présentant sa guitare à l'envers comme un plateau, sans rien récolter. Sa fiancée essaie à son tour, sous les regards jaloux de son amant ; quand un de ceux à qui elle s'adresse faite mine de s'émanciper, il joue avec fureur, s'agite, et prend des airs menaçants. Au moment où, pour la seconde fois, ils vont chanter, des saltimbanques arrivent, accompagnés par une musique de foire, traînant un chariot chargé de chiens savants (choeur "Levez-vous et prenez vos rangs"). Tous sortent, courant après eux. Nos deux chanteurs, indignés du choix de la foule, sont déçus. Tandis que la Périchole, fatiguée, s'allonge pour dormir, Piquillo part dans les rues de Lima, espérant gagner quelque chose. Don Andrès revient avec son Indien qui n'est que Panatellas. Furieux, le vice-roi désespère de ne pas connaître la vérité. Soudain, il entend la Périchole qui rêve : "Chien de pays!". Enchanté, don Andrès s'approche, ravi de savoir ce qu'on pense vraiment de son pays ; le coup de foudre est immédiat.Il lui propose de l'emmener au palais pour être demoiselle d'honneur de la vice-reine. Méfiante, elle ne tarde pas cependant à reconnaître le vice-roi. Pendant qu'elle s'éloigne, Panatellas rappelle à son maître le règlement : il faut, s'il veut installer la Périchole dans le petit appartement du troisième, qu'ele soit mariée. Il ordonne donc à son premier gentilhomme de trouver un mari à cette femme qu'il aime passionnément. La Périchole, avant de partir, écrit à son amant, s'excusant de le laisser ("O mon cher amant"). Le message est confié aux trois cousines, accompagné d'un sac de piastres pour Piquillo. Ils s'éloignent tandis que les trois cousines jurent de donner la lettre, mais pas les piastres! Piquillo revient, aussi pauvre. Désespéré après avoir lu la lettre, il décide de se pendre. Panatellas, sortant du cabaret, trébuche sur l'escabeau ; Piquillo se trouve pendu ; le ruban de caoutchouc s'allonge indéfiniment et Piquillo tombe sur le dos de Panatellas qui se met à crier, ne sachant ce que cela veut dire. Ce dernier reprend vite la situation en main : voilà trouvé un mari idéal pour la Périchole. A l'aide de nombreuses boissons, on parvient, chacun de son côté, à décider les deux chanteurs. Don Pedro, Panatellas, la foule des péruviens et des indiens, arrivent de tous côtés ; les trois cousines sortent de leur cabaret, suivies des deux notaires, complètement gris (choeur "Oh! là! hé!… holà! de là-bas!"), tenant chacun le bras à don Pedro. Don Andrès, allant chercher la Périchole qui sort de la maison, recouverte d'un long voile, parée de couronnes et d'un bouquet de fleurs d'orangers, va présider cette cérémonie particulière. Elle est légèrement grise ("Ah! quel dîner, je viens de faire!"), mais possède encore assez d'esprit pour refuser ce mariage quand don Andrès le lui demande. Elle ne résiste pas longtemps à son souverain quand on lui exhibe son mari, Piquillo. Lui, en revanche, est incapable de se rendre compte de ce qui lui arrive. Le mariage peut se dérouler (choeur "Le beau mariage que nous voyons là!"). Il se fait tard. Les assistants s'écartent pour laisser passer deux riches palanquins, portés chacun par quatre hommes. Don Andrès fait monter la Périchole sur celui de gauche, Piquillo est poussé par Panatellas sur celui de droite. Les deux palanquins prennent des directions absolument contraires…
Au second acte, dans une salle d'été du Palais, Brambilla, Ninetta, Manuelita, Frasquinella, des dames de la cour, s'affairent autour de Tarapote évanoui (choeur "Cher seigneur, revenez à vous"). Ayant repris ses sens, il exprime son indignation pour ce qui s'est passé la veille : la nouvelle favorite (La Périchole, devenue baronne de Tabago, marquise du Mançanarès) n'est qu'une chanteuse des rues, et son mari est là, toujours endormi. Piquillo paraît, magnifiquement habillé ; tous s'éloignent de lui avec dédain. Ne comprenant pas encore ce qui lui est arrivé, les courtisans lui font ironiquement remarquer que sa femme a disparu ("On vante partout son sourire"). Don Pedro et Panatellas viennent le chercher et aussi le prévenir qu'il devra, dans une heure, présenter sa femme au roi. Après avoir devisé tous les trois sur l'importance des femmes ("Les femmes, il n'y a qu'ça"), don Pedro lui explique les règles de cet usage. La cour au complet s'avance dans la salle (choeur "Nous allons donc voir un mari"), se moquant de cette coutume qui se répète trop souvent. La cérémonie semble se dérouler convenablement. Mais, au moment où paraît la Périchole, somptueusement vêtue et parée de diamants, Piquillo comprend que sa propre femme, cette Périchole qu'il aime, est la maîtresse du roi et que lui, il est… Elle tente de le calmer ("Que veulent dire ces colères?"), mais il ne veut rien entendre. La prenant par la main, il la présente au roi d'une façon scandaleuse et grotesque ("Ecoute, ô roi, je te présente"). Furieux, il est arrêté (Choeur "sautez dessus!") après une course poursuite. La cour sort, les rideaux se ferment. Le vice-roi, resté seul avec la Périchole, est heureux : ce Piquillo qui a osé l'appeler "pauvre vieux " sera enfermé dans le cachot n°17, cachot réservé aux maris récalcitrants. Néanmoins, elle souhaite que Piquillo soit traité au mieux. Après discussion, elle obtient même sa libération, au prix d'un regard, d'un baiser à don Andrès. A cet instant paraît Piquillo qui les voit l'un près de l'autre. Décontenancé, surpris, le vice-roi déclare vouloir recommencer cette présentation qui a si mal marché ce matin ; elle se fera après son dîner ; en cas d'échec, il les enverra chanter chez ses bons amis, les Indiens : ceux-ci n'aiment pas la musique, mais les musiciens (il fait le signe de manger). Piquillo, furieux, répétant pour la troisième fois Misérable! , reste seul avec la Périchole. Elle ne parvient pas à le décider, malgré maintes cajoleries. Tarapote vient s'enquérir du résultat de l'entretien : ils consentent, puis sortent. Tarapote, irrité de l'attitude du vice-roi, décide de forcer celui-ci à renvoyer sa dulcinée. Il n'a guère le temps de réfléchir : la cour arrive pour le dîner (choeur "Son Altesse, à l'heure ordinaire, va dîner"). Don Andrès prend place, Panatellas lui attache sa serviette autour du cou, comme à un enfant, don Pedro lui remet les plats. Tarapote et Panatellas commencent à le tourmenter, à lui répondre de travers ; le potage est enlevé immédiatement sans qu'il ait eût le temps d'en manger. Le faisan porte une lettre dans le bec qu'il lit discrètement ("Ne me mange pas! - un ami ). Le vice-roi, très mal à l'aise, refuse de boire le vin que lui verse Panatellas. Arrivé au café, Tarapote met dans la tasse de sa majesté un ridicule petit morceau de sucre, le montrant bien au public avant, et laisse enfin éclater sa colère : "Je trouve, moi, que lorsqu'on est sur le point de dépenser de l'argent avec des femmes, c'est bien le moins qu'on fasse des économies sur les morceaux de sucre! ". Don Andrès, se levant, comprend enfin les raisons de cette cabale. Puisqu'il faut économiser, il réduira aux deux tiers les appointements de ses chambellans. A la stupéfaction générale, on voit entrer Piquillo et la Périchole, guitare en main. Tirant de sa poche les diamants qu'elle portait lors de la présentation, elle chante, avec Piquillo, une séguedille devant toute la cour, intitulée : "Le chanteur et la chanteuse" ; cette chanson ("Un roi se promenant trouva certaine femme dont le minois lui plut") fustige vertement la conduite du vice-roi. Ce dernier comprend que l'argent est impuissant face à l'amour. Il pardonne tout et ils peuvent partir, riches cette fois, et mariés.
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