La chaste Suzanne
(J. Gilbert)
Opérette en trois actes
Livret d’Anthony Mars et Maurice Desvallières
Première mondiale à Magdebourg, le 26 février 1910. En Français: à Lyon, sur la scène du Théâtre des Célestins, le 10 février 1913
L'action se passe à Paris.
Acte I : Une
réception chez les Aubrais
Le baron des Aubrais, membre
de l'Institut à la réputation irréprochable, est en réalité un joyeux viveur qui
passe ses nuits dans des endroits assez peu recommandables. Le baron a deux
enfants. Le fils, Hubert, âgé de 20 ans, souhaiterait marcher sur les traces du
lieutenant René Boislurette, dont la solide réputation de noceur n'est plus à
faire. Mais le sérieux apparent de son père le paralyse. La fille Jacqueline est
amoureuse - amour partagé - de René. Si la réputation du lieutenant est un
attrait supplémentaire à ses yeux, il n'en est pas de même pour le baron qui
refuse de donner sa fille à un tel garnement. La baronne des Aubrais, quant à
elle, a une admiration sans faille pour la vertu, la compétence et l'austérité
de son époux.
Les invités arrivent... Voici le ménage
Pomarel. Madame Pomarel, surnommée "La chaste Suzanne" a été couronnée par
l'Institut pour son œuvre "Le Bon Trottoir", qu'elle a fondée pour aider à la
réinsertion des femmes dites légères. Son époux ignore qu'elle aurait bien
besoin elle-même des secours de l'œuvre qu'elle préside.
Suzanne est enchantée de retrouver René avec lequel elle a eu une liaison, voici
deux ans. Son mari devant s'absenter le soir même pour effectuer une période
militaire, elle lui propose de venir la chercher au Grand-Hôtel. René feint
d'accepter, bien décidé à ne pas se rendre à l'invitation, car il a promis à
Jacqueline de sortir avec elle. Il donne donc l'adresse de Suzanne à Hubert, qui
voit là le moyen tant attendu de se lancer dans une vie de plaisir. Voici
maintenant Charencey, l'éternel gaffeur, à qui Suzanne a été contrainte de
présenter René comme son mari, lors de leur liaison. La situation devient
embarrassante, mais la catastrophe est évitée de justesse. Tout le monde se
retire... Dans l'obscurité René et Jacqueline, d'abord, Hubert ensuite, le baron
enfin, s'esquivent à pas feutré.
Acte II : Au
Moulin-Rouge
Ce même soir, le baron des Aubrais, connu au
Moulin-Rouge sous le nom de "Boboche", se présente accompagné d'une jeune femme
qu'il a rencontrée par hasard... dans un taxi. Il ignore qu'elle n'est autre que
Rose, la femme de Charencey, à laquelle il n'avait encore jamais été
présenté.
Suzanne arrive et trouve Hubert, croyant rejoindre
René. Elle envisage sans déplaisir une aventure avec ce jeune homme
inexpérimenté.
Voici René et Jacqueline. René ne tient pas à
s'éterniser au Moulin-Rouge, mais la jeune fille veut s'amuser dans cet
établissement fréquenté par des femmes légères. Bien sûr, le baron tombe nez à
nez avec ses enfants et René.
Convaincu lui-même de
dévergondage, il ne peut plus s'opposer au mariage de sa fille avec René.
La soirée se poursuivrait agréablement sans l'arrivée imprévue
de Charencey, puis de Pomarel, que le hasard et un train raté, ont amené en ces
lieux. Les deux hommes sont furieux en constatant la présence de leurs épouses.
C'est la confusion la plus totale. Prévenue, la police emmène Hubert et son
père, les autres réussissant à s'échapper.
Acte III :
Un salon chez les Aubrais
Nos noctambules rentrent
discrètement au bercail, même le baron et Hubert qui ont été relâchés sans
esclandre.
Tout n'est pas réglé. Nos amis se demandent
comment calmer le courroux des époux de Suzanne et de Rose. On explique à l'un
que Suzanne s'est rendue au Moulin-Rouge à la recherche de brebis égarées; et à
l'autre que Rose s'est également décidée à ramener des cocottes à la vertu.
L'explication suffit aux maris, qui se félicitent d'avoir des femmes aussi
vertueuses.
Ainsi donc René épousera Jacqueline. Nos joyeux
noctambules pourront continuer leurs fredaines, encouragés par la confiance
aveugle de leurs conjoints